L’Oustau
de l’Enclavo
Si nous allions faire un tour vers le Café de la Gare de Vaurias, il y a un moment que nous n’avons pas entendu l’équipe de « bras cassé » comme on l’appelle dans le Midi.
Ce qui veut dire que cette équipe ne cassera pas une patte à un canard avec ce qu’elle fait, c'est-à-dire pas grand-chose, si ce n’est de parler pour bien souvent ne rien dire, mais bon dans le Midi, c’est fréquemment cela et çà passe le temps et meuble une partie de la journée.
Ils sont tous là assis ou debout, tenant un verre ou discutant entre eux ; l’instituteur, le garde champêtre, le maire, monsieur le curé, et oui de temps en temps, il s’invite dans ce lieu, recherchant peut-être ses paroissiens qui désertent si souvent son lieu saint, l’église. Il y a aussi Jean Joseph, le puisatier de la Roche Saint Secret, et tant d’autres.
Une discussion s’est engagée avec le Maire et monsieur l’instituteur. Le sujet est un peu délicat, il s’agit du passage du certificat d’étude primaire qui d’après l’académie devrait être remplacé par un autre diplôme. Cela ne plait guère au maire et il le dit haut et fort, pour que ceux qui l’entoure, donnent éventuellement leurs avis.
- Moi, dit Jean Joseph, je n’ai pas pu le passer le certificat d’étude, j’ai quitté l’école à 12 ans pour aller travailler aux champs, mais j’aimerai bien qu’aujourd’hui nombre d’enfants puissent l’avoir, car c’est un très bon diplôme.
- Oh, coquin, moi dit Fortuné, je ne l’ai pas passé et qu’en je me suis présenté à la Mairie pour être garde, il a fallu que je révise mon français et mes calculs. Le soir l’instituteur me donnait des leçons, c’était dur de recommencer l’école.
- Eh, ben, heureusement que tu as fait du rattrapage d’école, car pour ce qui est de
rattraper les voleurs de poules, t’es pas encore prêt, lui dit Antoine le berger.
Antoine est berger sur la Lance, comme beaucoup d’autres dans ce pays, mais il a pour vocation de poser des pièges à lapins et à grives et, çà le garde champêtre le
sait, mais ne l’a jamais attrapé sur le fait.
Sa casquette tenue de travers sur sa tête, son gilet rapiécé et fermé par des morceaux de ficelle, son pantalon de velours usé et ses godasses de randonnée.
Il gambade comme une chèvre dans cette montagne où parfois on peut le voir riant de plaisir, tenir à la main une proie fatidique. Il s’allonge pour faire la sieste sur l’herbe, au pied d’un arbre feuillu, s’endort au son des clochettes de son troupeau de moutons et de chèvres. Son chapeau noir déposé à terre, sa canne au repos, il soupire et absorbe la tranquillité d’un coin naturel et merveilleux, du haut de la Lance
C’est un santon vivant, parmi les autres. Regardez le, écoutez le, mais si c’est possible, de vos yeux et de vos oreilles, vous imaginez l’impossible. Ce n’est pas beau de rêver, comme un enfant ?
- Un jour, je t’aurai Antoine et tu verras, la maréchaussée viendra te chercher, pour t’emmener à la ville et te mettre à l’ombre, toi qui aimes bien le soleil de ta montagne.
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